Buglosse en coussin, ou Buglosse de Crète. Vivace naine et compacte de la famille des Boraginacées, endémique des montagnes de Crète, où elle croît exclusivement dans les éboulis calcaires, les fissures de rochers et les rocailles d'altitude, principalement dans les massifs du Lefka Ori (Montagnes Blanches) et du Psiloritis, entre 1 500 et 2 400 mètres d'altitude. Cette aire de répartition extrêmement restreinte et ces exigences écologiques très spécialisées en font une plante rare, précieuse et recherchée des collectionneurs de plantes alpines.
Elle ne ressemble guère, au premier regard, à sa grande cousine Anchusa azurea : là où celle-ci développe une stature imposante et expansive, Anchusa caespitosa forme de petites rosettes denses et serrées, strictement appliquées contre le substrat rocheux, ne dépassant pas 5 à 10 centimètres de hauteur. Les feuilles sont étroitement lancéolées, très allongées par rapport à leur largeur, coriaces, couvertes de poils raides blanchâtres qui leur donnent une texture hispide caractéristique des Boraginacées, et d'un vert grisâtre mat. Ces rosettes s'emboîtent et se multiplient lentement pour constituer des touffes compactes en coussin dense, bien ancrées dans les fissures rocheuses par un système racinaire profond et pivotant adapté à la recherche d'humidité en profondeur dans un substrat minéral drainant.
La floraison est d'une beauté saisissante et totalement disproportionnée par rapport à la taille de la plante : de grandes fleurs — grandes relativement à l'ensemble de la plante — en entonnoir évasé à cinq lobes arrondis, d'un bleu intense à bleu violet profond, ornées d'un œil central blanc formé par l'anneau d'écailles typique du genre, émergent directement du cœur des rosettes sur de très courtes tiges, au point de sembler posées à même le feuillage. L'effet est celui d'un coussin vert-gris constellé de petites étoiles bleues intenses, d'une grande élégance. La floraison intervient en mai-juin en conditions de culture, ou plus tardivement en altitude dans son habitat naturel.
En culture, elle représente un défi honorable pour le jardinier spécialisé en plantes alpines. Elle exige un drainage absolument parfait, un substrat très minéral et calcaire, une exposition plein soleil, et une protection contre l'humidité stagnante hivernale qui lui est fatale. Elle est idéalement cultivée en pot dans un mélange de calcaire concassé, de gravier et de terre argileuse en faible proportion, placé en serre froide ou sous châssis pour l'hiver afin de la protéger non pas du froid — elle est rustique — mais de l'excès d'humidité. En pleine terre, elle trouve sa place dans une rocaille très bien drainée, idéalement en pente, ou dans les interstices d'un muret calcaire exposé au sud. La multiplication s'effectue par semis en automne, exposé au froid pour lever la dormance, ou par boutures de rosettes individuelles prélevées avec précaution au printemps.
Elle est tenue en haute estime dans les cercles de la culture alpine britannique notamment, où elle a été primée par la Royal Horticultural Society, et figure régulièrement dans les expositions spécialisées de plantes de rocaille comme l'une des buglossen les plus remarquables du genre pour la combinaison de son port miniature et de l'intensité de sa floraison bleue.