Les ancolies à fleurs doubles constituent un groupe horticultural fascinant, fruit de siècles de sélection et d'hybridation, dont les premières mentions remontent à la Renaissance européenne. La photographie illustre parfaitement ce type floral si particulier : une fleur d'un violet-lilas lumineux et généreux, dans laquelle la multiplication des pièces florales crée une masse tourbillonnante de pétales et de sépales imbriqués les uns dans les autres, conférant à l'ensemble un aspect presque chiffonné et romantique, à mi-chemin entre la pivoine miniature et la rose ancienne.
Sur le plan morphologique, la duplication florale résulte d'une transformation des étamines et parfois des carpelles en pièces pétaloïdes, phénomène appelé pléiotaxie. Dans le cas présent, on observe que la structure originelle de la fleur est encore partiellement lisible, avec des sépales bien développés encadrant une masse centrale dense de pétales transformés, tandis que quelques étamines subsistantes restent visibles au cœur de la fleur, signe d'une double incomplète. Les éperons, caractéristiques des ancolies simples, sont ici totalement absents ou vestigiaux, leur transformation en pétales participant à l'ampleur de la fleur.
Cette coloration violet-lilas franche et saturée, très présente dans les sélections horticoles anciennes, évoque les formes doubles dérivées d' Aquilegia vulgaris , espèce européenne qui a historiquement fourni la majorité des cultivars doubles traditionnels, regroupés sous la dénomination Aquilegia vulgaris var. stellata pour les formes sans éperons, ou commercialisés sous des noms de séries tels que Barlow, Clementine ou Tower. Faciles à cultiver en sol ordinaire bien drainé, à mi-ombre ou au soleil, ces formes doubles se ressèment spontanément, avec cependant une tendance à revenir progressivement vers des formes simples au fil des générations.