Asplenium ruta-muraria

Asplenium ruta-muraria Asplenium ruta-muraria Asplenium ruta-muraria
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Asplenium ruta-muraria
Asplenium ruta-muraria

Asplenium ruta-muraria, la rue des murailles, est une fougère vivace de la famille des Aspléniacées, répandue dans toute l'Europe tempérée et commune en Île-de-France partout où les vieux murs calcaires ou les constructions en pierre sont présents.

C'est une plante strictement rupicole et calcicole, c'est-à-dire inféodée aux substrats rocheux ou maçonnés riches en calcium. Elle ne pousse pratiquement jamais au sol. Son habitat de prédilection est la fissure des vieux murs en pierre calcaire, des murets de clôture, des soubassements d'églises et des parements de ponts anciens, où elle s'installe dans le joint entre deux pierres avec une remarquable économie de place. Aux alentours de Luzarches, les murs de l'église, les vieux enclos en calcaire lutétien et les constructions anciennes du bourg constituent des sites d'observation faciles et quasi assurés. Les photographies présentées ici ont manifestement été prises sur ce type de support, pierres calcaires grises ou briques anciennes au mortier fissuré.

La plante forme de petites touffes denses et compactes, ne dépassant généralement pas cinq à dix centimètres de hauteur. Les frondes sont d'un vert terne, légèrement glauque, persistantes toute l'année et donc visibles en toutes saisons. C'est l'un des rares végétaux qui reste vert et bien visible sur les murs en plein hiver, ce qui facilite son repérage. Chaque fronde est divisée en petits segments arrondis à réniformes, légèrement lobés et finement denticulés sur leur pourtour, avec une nervation en éventail bien visible sur les photographies en gros plan. Cette forme en éventail des segments, caractéristique et constante, est le critère visuel le plus immédiat pour reconnaître l'espèce à coup sûr. Le pétiole et le rachis sont verts, ce qui la distingue de l'asplenium trichomanes dont le rachis est brun luisant, autre fougère des murs souvent présente dans les mêmes stations.

Les sores, organes producteurs de spores, apparaissent sur la face inférieure des segments sous forme de petites plages allongées brun rougeâtre, d'abord recouvertes d'un indusie blanchâtre puis se fusionnant à maturité pour couvrir une grande partie de la surface du segment. Dans la nature, la sporulation s'étend de juin à septembre, mais les frondes fertiles peuvent rester visibles bien au-delà.

Comme toutes les fougères, la rue des murailles ne fleurit pas. La formule habituelle de floraison ne s'applique donc pas ici.

Le nom de rue des murailles vient d'une ressemblance anciennement perçue avec la rue officinale, Ruta graveolens, dont les feuilles composées et les petits segments arrondis évoquent vaguement ceux de cette fougère. La comparaison est surtout botanique et d'ordre historique, les deux plantes n'ayant aucun lien de parenté. L'épithète ruta-muraria, qui signifie littéralement rue des murs, figure dans la littérature botanique dès le seizième siècle et témoigne de l'ancienneté de l'observation de cette espèce sur les constructions humaines.

Sa capacité à coloniser les joints de mortier calcaire lui permet de tirer parti d'un habitat artificiel que peu de plantes vasculaires peuvent exploiter. Les spores, légères et produites en grande quantité, se dispersent facilement par le vent et peuvent germer dans la moindre fissure humide exposée à l'ombre ou à la mi-ombre. Un vieux mur calcaire non rejointoyé et légèrement ombragé est pour elle un milieu idéal, souvent partagé avec des mousses, des lichens crustacés et parfois la cymbalaire des murs, Cymbalaria muralis, dont les tiges rampantes et les feuilles réniformes apparaissent sur plusieurs des photographies en arrière-plan.