Ballota nigra

Brassica nigra
Blackstonia perfoliata

Ballota nigra, le ballote noir ou marrube noir, est une vivace de la famille des Lamiacées, commune dans toute l'Europe tempérée et méditerranéenne. En France, elle est présente sur l'ensemble du territoire jusqu'aux étages submontagnards, avec une densité plus forte dans les zones à climat continental ou subcontinental. En Île-de-France, elle est banale et figure parmi les plantes nitrophiles les plus régulièrement observées aux abords des villages.

Autour de Luzarches, elle pousse là où la végétation spontanée côtoie les activités humaines : pieds de murs, décombres, bords de routes, talus enherbés, haies en lisière de jardins ou de fermes, entrées de villages. C'est une plante des milieux remaniés et enrichis en azote, peu exigeante sur la nature du sol mais fidèle aux endroits où la végétation est perturbée et le sol piétiné ou enrichi. On ne la trouvera pas en forêt ni dans les prairies fermées, mais elle est quasi certaine dans n'importe quel bourg de la région dès qu'un vieux mur ou un chemin creux offre un espace ouvert.

Le port est celui d'une plante touffue, dressée, pouvant atteindre 60 à 100 centimètres en pleine végétation. L'ensemble de la plante est recouvert d'un duvet dense, laineux, blanc grisâtre, qui lui donne un aspect feutré caractéristique et immédiatement reconnaissable. Les tiges sont robustes, quadrangulaires comme chez toutes les Lamiacées, et se ramifient assez peu. Les feuilles sont opposées, pétiolées, ovales à légèrement cordées à la base, à bords crénelés, molles au toucher sous leurs poils abondants. La nervation est bien marquée, ce qui donne aux feuilles un aspect gaufré visible sur les photographies.

Les fleurs sont groupées en verticilles denses à l'aisselle des feuilles supérieures, entourés de bractées étroites et piquantes à maturité. La corolle est bilabiée, d'un rose lilas assez pâle, parfois presque blanc, avec la lèvre supérieure voûtée et velue, la lèvre inférieure trilobée portant des nervures plus foncées. Le calice est persistant, en entonnoir évasé, à dents mucronées qui s'écartent en étoile après la floraison, formant de petites couronnes épineuses qui s'accrochent facilement aux vêtements et aux poils des animaux, assurant ainsi une dispersion efficace des graines.

Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre, avec un pic en juillet et août.

Le trait le plus frappant sur le terrain reste l'odeur, forte et désagréable, que dégage la plante dès qu'on froisse ses feuilles. Cette odeur âcre et musquée, difficile à décrire précisément, a valu à la plante une réputation persistante de mauvaise herbe repoussante, et c'est sans doute ce caractère qui a contribué à lui faire attribuer l'épithète nigra, le noir, davantage en référence à une symbolique négative qu'à sa couleur réelle. Malgré cette réputation, la ballote noire a été utilisée en médecine populaire comme plante antispasmodique et sédative légère, notamment pour calmer la toux convulsive et les états nerveux. Ces usages sont attestés dans plusieurs traditions européennes, transmis sur des générations par les herboristes et les guérisseurs de campagne. Dioscoride la mentionne dès le premier siècle pour ses effets contre les morsures de chien en cataplasme. Aux siècles suivants, on lui a reconnu des vertus calmantes pour les troubles du sommeil et les états d'agitation, un usage qui a traversé le temps sans jamais tout à fait disparaître.

Sur le plan écologique, les verticilles fructifiés persistent longtemps sur la tige après la floraison, et les calices en étoile constituent un moyen de dispersion zoochore particulièrement bien adapté aux déplacements des mammifères et au passage des promeneurs sur les chemins. C'est une façon discrète mais efficace de coloniser de nouveaux sites perturbés.