Bellis perennis
Bellis perennis — pâquerette vivace, pâquerette des prés. Vivace, famille des Astéracées.
Présente dans toute l'Europe, des côtes atlantiques jusqu'au Caucase, la pâquerette figure parmi les plantes les plus communes du continent. En France, elle colonise tous les types de pelouses, des niveaux les plus bas jusqu'à la montagne, sans manifester la moindre préférence marquée pour un sol particulier dès lors que la végétation reste rase et que la lumière ne fait pas défaut.
Autour de Luzarches, on la rencontre partout où le sol est régulièrement foulé ou tondu, pelouses villageoises, bords de chemins enherbés, talus, mais aussi dans les prairies plus extensives des fonds de vallée longeant l'Ysieux. Elle s'installe volontiers sur les revers de coteaux exposés au soleil comme à mi-ombre, et colonise les accotements des chemins forestiers en bordure du massif de Chantilly. Les pelouses calcaires sèches ne lui sont pas étrangères non plus, bien qu'elle y soit souvent moins abondante que dans les prairies mésophiles régulièrement pâturées ou fauchées.
Le port est strictement basal, sans tige feuillée. La rosette s'étale à même le sol, formée de feuilles en spatule, mollement velues, à bord légèrement crénelé, d'un vert soutenu, souvent gaufrées et ondulées sur les marges quand les individus sont serrés. Chaque hampe florale, grêle, couverte de poils fins, mesure entre cinq et quinze centimètres selon la richesse du milieu et la pression de tonte. Elle porte un unique capitule, ce qui la distingue immédiatement des grandes marguerites du genre Leucanthemum, dont les tiges sont feuillées et ramifiées.
Le capitule associe un disque central jaune vif, dense et bombé, à une couronne de ligules blanches souvent teintées de rose ou de carmin sur leur face inférieure. Cette coloration rosée, très visible sur les boutons et sur les fleurs en fin de journée ou par temps couvert, est l'un des signes les plus fiables pour la reconnaître à coup sûr. Les akènes, minuscules, sont dépourvus d'aigrette, ce qui limite leur dispersion par le vent et explique en partie le comportement en touffes denses que forment les individus installés depuis plusieurs années.
Dans la nature, sa floraison s'étend de février à novembre, parfois jusqu'en décembre lors des hivers doux, ce qui en fait l'une des plantes fleuries les plus précoces et les plus tardives à la fois. Aux premières chaleurs de janvier ou février, quelques capitules surgissent déjà des rosettes endormies, bien avant que la végétation concurrente ait eu le temps de reprendre.
La pâquerette est une des rares plantes sauvages comestibles vraiment accessibles au grand public. Les jeunes feuilles en rosette ont longtemps figuré dans les salades de printemps des campagnes françaises, relevées d'une vinaigrette pour atténuer leur légère amertume. Les boutons floraux étaient parfois confits au vinaigre, à la manière des câpres, usage mentionné dans plusieurs herbiers anciens et repris par Bonnier. Il convient toutefois de noter que des confusions sont possibles avec de jeunes rosettes de tussilage ou, plus rarement, de lierre terrestre, surtout hors floraison, et qu'une identification soigneuse s'impose avant toute cueillette.
Sur le plan écologique, la plasticité de Bellis perennis face au piétinement et à la tonte répétée tient à la position très basse de ses méristèmes, protégés au ras du sol, que la lame d'une tondeuse ou le sabot d'un animal ne peuvent atteindre. Cette adaptation lui permet de prospérer dans des milieux soumis à une pression mécanique que la plupart des autres plantes à fleurs ne supportent pas durablement. Certains botanistes l'utilisent d'ailleurs comme indicateur d'une prairie anciennement et régulièrement pâturée ou fauchée.