Brassica nigra
Brassica nigra — moutarde noire. Annuelle, famille des Brassicacées.
Originaire du bassin méditerranéen et du Proche-Orient, la moutarde noire s'est répandue dans toute l'Europe tempérée comme plante subspontanée ou naturalisée, associée aux activités humaines depuis l'Antiquité. En France, elle est présente dans presque tous les départements, avec une préférence marquée pour les vallées alluviales, les bords de cours d'eau et les terrains riches en azote. En Île-de-France, elle est signalée régulièrement le long des grandes vallées et dans les friches nitrophiles périurbaines.
Autour de Luzarches, la moutarde noire se rencontre volontiers en bordure des champs, sur les talus enrichis, dans les friches nitrophiles et le long des chemins ruraux. Les bords de l'Ysieux et les fossés de drainage constituent des habitats favorables, tout comme les lisières de cultures sur sol perturbé. Les photos présentées ici montrent des individus en contexte de friche dense et mêlée, typique des bords de champs de la région.
La hauteur est souvent impressionnante, entre soixante centimètres et un mètre cinquante dans les stations favorables, ce qui en fait l'une des Brassicacées sauvages les plus imposantes de la flore locale. La tige est dressée, très ramifiée dans sa partie supérieure, verte à violacée selon les individus, et couverte dans sa partie inférieure de poils raides et épars, bien visibles sur les photos de détail. Ce caractère velu de la base de la tige, contrastant avec les rameaux supérieurs glabres et glauques, est un repère utile sur le terrain.
Le feuillage est hétérogène selon la position sur la tige, ce qui est frappant à l'observation. Les feuilles inférieures sont grandes, pétiolées, à limbe lobé-lyrée avec un lobe terminal nettement plus développé que les lobes latéraux, à surface gaufrée et nervation bien marquée, d'un vert soutenu. Les feuilles supérieures, en revanche, sont simples, lancéolées, sessiles, glauques et glabres, presque entières, et semblent appartenir à une autre plante. Cette discontinuité dans le feuillage surprend toujours au premier regard et aide à l'identification.
Les fleurs sont jaune vif, à quatre pétales en croix, de taille modeste comparée à la stature de la plante, regroupées en grappes terminales allongées. Un détail caractéristique mérite attention : les boutons floraux sont serrés et dressés au sommet de la grappe, dépassant à peine les fleurs épanouies qui les précèdent. Les siliques sont courtes, quadrangulaires, appliquées contre la tige à maturité, avec un bec grêle représentant environ le tiers de leur longueur totale. Cette disposition des siliques plaquées contre la tige est distincte de celle de la moutarde blanche ou du sénevé, chez qui les fruits sont étalés.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre.
La moutarde noire est la source historique de la moutarde de table en France et dans une grande partie de l'Europe. Ses graines broyées, mélangées à du verjus ou au vinaigre, constituent la base de la condimentaire traditionnelle. La production industrielle a largement basculé vers Brassica juncea, plus facile à mécaniser car ses siliques ne s'ouvrent pas spontanément à maturité, contrairement à celles de Brassica nigra qui s'égrenaient lors de la moisson, rendant la récolte délicate. Les graines contiennent du sinigrine, un glucosinolate qui, hydrolysé par une enzyme libérée lors du broyage en présence d'eau, donne l'allylisothiocyanate responsable de la piquant caractéristique de la moutarde forte.