Centaurea cyanus
Originaire probablement du bassin méditerranéen oriental, le bleuet s'est répandu dans toute l'Europe tempérée à la faveur de l'agriculture céréalière, dont il a longtemps été l'un des compagnons les plus familiers. Il figure parmi les adventices des moissons les mieux documentées historiquement, présent dans les champs de blé et de seigle depuis l'Antiquité. La généralisation du désherbage chimique à partir des années 1960 l'a fait disparaître de très nombreuses régions où il était autrefois abondant, au point qu'il est aujourd'hui considéré comme une espèce messicole en régression sérieuse dans une grande partie de la France.
Autour de Luzarches, le bleuet peut encore se rencontrer en bordure de cultures céréalières, sur les talus des chemins agricoles et dans les friches annuelles sur sol calcaire léger. Il profite des bords de champs non traités, des jachères et des zones tampons maintenues sans herbicides. Sa présence reste liée à l'existence de pratiques agricoles ménageant les marges de parcelles, et elle varie sensiblement d'une année à l'autre selon les rotations et les travaux du sol.
La tige est dressée, ramifiée dans sa partie supérieure, cotonneuse-blanchâtre, atteignant trente à quatre-vingts centimètres. Les feuilles sont étroites, lancéolées, les inférieures parfois légèrement lobées, d'un vert grisâtre recouvert d'un tomentum blanchâtre qui leur donne un aspect farineux. Ce feutrage cotonneux est déjà un bon indice avant même la floraison.
Les capitules, portés solitaires au sommet des rameaux, sont ce qui a fait la renommée de la plante. Les fleurs ligulées périphériques, stériles, sont d'un bleu intense et lumineux, profondément découpées en lobes rayonnants. Les fleurs du disque central sont plus petites, tubulées, d'un violet bleuté plus sombre. L'involucre est ovoïde, formé de bractées vertes bordées d'une frange brune et pectinée caractéristique, visible de près. Des formes à fleurs roses, blanches ou violettes existent, souvent issues de mélanges horticoles, mais la couleur bleue pure reste la marque de la plante sauvage.
Dans la nature, sa floraison s'étend de mai à août, parfois jusqu'en septembre sur les stations tardives ou les semis décalés.
Le bleuet entretient avec l'histoire française une relation particulière. Comme le coquelicot, il a été associé à la mémoire de la Première Guerre mondiale, les jeunes soldats mobilisés en 1914 ayant été surnommés les bleuets en raison de la couleur de leurs uniformes neufs. Cette association a conduit à faire du bleuet l'emblème des anciens combattants et victimes de guerre en France, rôle qu'il partage symboliquement avec le coquelicot dans d'autres pays européens.
Sur le plan écologique, le bleuet est une plante mellifère appréciée des abeilles et des bourdons, et ses capitules sont visités par de nombreux insectes floricoles. Sa disparition des paysages agricoles a des conséquences qui dépassent le simple registre esthétique, en réduisant les ressources disponibles pour les pollinisateurs sauvages en milieu ouvert.