Chamerion angustifolium
Chamerion angustifolium, l'épilobe en épi ou laurier de Saint-Antoine, est une vivace robuste de la famille des Onagraceae. Elle est présente dans toute l'Europe tempérée et boréale, des plaines aux étages subalpins, et figure parmi les plantes les mieux représentées de la flore française.
Autour de Luzarches, on la rencontre volontiers en lisière des massifs boisés voisins, notamment aux abords de la forêt de Chantilly, sur les coupes forestières récentes, les talus de chemins et les friches où la végétation se reconstitue après perturbation. Elle apprécie les sols légèrement acides, remués ou enrichis en azote, et peut former de larges colonies denses sur des terrains jadis cultivés ou sur les bords de voies forestières.
Le port est dressé et très élancé, atteignant couramment un mètre et demi, parfois davantage dans de bonnes conditions. La tige est cylindrique, teintée de rouge violacé, bien visible sur les photos, et porte des feuilles alternes, longues, étroites et pointues, aux nervures secondaires bien marquées formant un réseau caractéristique en boucles près du bord, sans rejoindre la marge. Ce détail de nervation, visible à la loupe ou sous bonne lumière rasante, est un critère utile sur le terrain pour distinguer cette plante d'autres épilobes à feuilles semblables.
La grappe florale terminale, longue et dressée, s'allonge progressivement de bas en haut pendant toute la saison. Les fleurs du bas s'épanouissent en premier tandis que les boutons du sommet sont encore fermés, si bien qu'une même tige présente simultanément des fleurs ouvertes, des boutons et des capsules en cours de formation. Chaque fleur comporte quatre pétales rose vif à rose pourpré, légèrement irréguliers, avec un style bien visible se recourbant à maturité pour recueillir le pollen des insectes visiteurs. Les sépales sont étroits, rouge sombre, bien visibles entre les pétales.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre.
Après la floraison, les capsules allongées et teintées de violet s'ouvrent en quatre valves qui se recourbent en spirale, libérant des centaines de graines minuscules portant chacune une touffe de longs poils soyeux blancs. La dissémination forme alors ces volutes cotonneuses que les photos illustrent parfaitement, un spectacle aussi reconnaissable que la floraison elle-même et qui perdure bien après la fin de l'été. Chaque plante peut produire plusieurs dizaines de milliers de graines, ce qui explique sa capacité à coloniser rapidement de vastes surfaces perturbées.
Cette aptitude à s'installer sur les terrains brûlés ou dévastés lui a valu une réputation mondiale. Au lendemain des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, l'épilobe en épi a recouvert en quelques saisons les ruines de nombreuses villes britanniques, au point que les Londoniens l'appelaient fireweed, l'herbe du feu, un surnom qu'elle porte encore dans les pays anglophones. Le même phénomène s'observe après les incendies forestiers, où elle s'installe en pionnière avant même que les autres herbacées ne reviennent.
Ses jeunes pousses étaient consommées comme légume dans plusieurs régions nordiques et en Russie, et les feuilles séchées ont servi à préparer une boisson rappelant vaguement le thé, connue sous le nom de thé de Kaporie ou Ivan-tchaï, encore commercialisée aujourd'hui dans certains pays d'Europe de l'Est. La plante est également reconnue comme mellifère de premier ordre, très visitée par les bourdons et les abeilles.