Cirsium arvense
Vivace de la famille des Astéracées, le cirse des champs est l'une des mauvaises herbes les plus tenaces et les plus répandues d'Europe tempérée. Sa présence s'étend de la plaine jusqu'aux étages montagnards, couvrant pratiquement l'ensemble du territoire français sans exception notable.
Autour de Luzarches, il colonise volontiers les bords de chemins agricoles, les friches, les jachères et les abords de cultures céréalières. On le retrouve également en lisière des boisements qui ceinturent la forêt de Chantilly, sur les talus et dans les prairies peu entretenues. Les sols perturbés ou compactés lui conviennent particulièrement bien, et il marque souvent les endroits où le sol a été retourné, piétiné ou enrichi en azote.
Sa hauteur varie généralement entre cinquante centimètres et un mètre vingt, parfois davantage dans les conditions favorables. Les tiges sont dressées, ramifiées vers le haut, et contrairement à d'autres chardons voisins, elles ne sont pas ailées. Les feuilles, sessiles et amplexicaules, sont découpées en lobes sinueux terminés par des épines jaunâtres assez acérées, vert foncé dessus et souvent blanchâtres et cotonneuses dessous. C'est un détail utile pour le distinguer sur le terrain d'autres espèces épineuses.
Les capitules, relativement petits pour un chardon, mesurent environ un à deux centimètres de diamètre. Ils sont globuleux, d'un rose lilas assez tendre, parfois presque mauves, et regroupés en corymbes lâches au sommet des rameaux. Les bractées de l'involucre sont étroites et peu épineuses, ce qui tranche avec l'aspect agressif du feuillage. L'espèce est dioïque, c'est-à-dire que les fleurs mâles et femelles se trouvent sur des pieds distincts, particularité rare chez les chardons et intéressante à observer. Les fruits sont des akènes surmontés d'une aigrette plumeuse d'un blanc soyeux, qui se disperse efficacement au vent.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre, parfois jusqu'en octobre lors des automnes doux.
Ce qui rend le cirse des champs particulièrement remarquable, c'est son système racinaire. Des rhizomes traçants peuvent s'étendre horizontalement sur plusieurs mètres et descendre à plus d'un mètre de profondeur dans le sol. Chaque fragment de racine est capable de régénérer une plante entière, ce qui explique pourquoi le labour traditionnel, loin d'éliminer l'espèce, contribuait souvent à la multiplier en sectionnant les rhizomes. Les agriculteurs le savent de longue date, et sa réputation de plante indéracinable est pleinement méritée.
Les capitules en fleur sont très attractifs pour les insectes butineurs, abeilles sauvages, bourdons et papillons en tête, ce qui lui confère un rôle écologique non négligeable dans les paysages agricoles appauvris en ressources florales. Certains lépidoptères, dont le vannesse du chardon ou belle-dame, Vanessa cardui, y pondent leurs œufs, les feuilles épineuses servant de plante-hôte aux chenilles.