Daucus carota ssp. carota
Daucus carota subsp. carota — carotte sauvage
Bisannuelle de la famille des Apiacées, la carotte sauvage est la souche dont sont issues toutes les variétés cultivées, regroupées sous la sous-espèce sativus. La plante sauvage se distingue de la carotte potagère par sa racine fine, blanchâtre ou jaunâtre, ligneuse et peu charnue, sans rapport avec la racine orange et sucrée sélectionnée par des siècles de culture.
Sa répartition couvre la quasi-totalité de l'Europe et s'étend jusqu'en Asie occidentale. En France, elle est présente partout, des côtes atlantiques aux contreforts montagnards, avec une nette préférence pour les sols calcaires bien drainés. Elle figure parmi les plantes les plus communes de la flore d'Île-de-France.
Autour de Luzarches, elle est abondante dans les milieux ouverts et perturbés. On la rencontre le long des chemins agricoles, sur les talus, dans les friches récentes, les bords de cultures, les pelouses sèches pâturées ou fauchées tardivement, et sur les coteaux calcaires exposés au soleil. Les accotements des routes et des voies ferrées lui conviennent également. C'est une plante que l'on croise pratiquement à chaque sortie dès le début de l'été, souvent en compagnie de la centaurée scabieuse, du millepertuis perforé ou du lotier corniculé.
La première année, la plante ne forme qu'une rosette de feuilles basales finement découpées, bi ou tripennées, d'aspect plumeux, dégageant une odeur caractéristique de carotte froissée entre les doigts. La deuxième année, la tige s'élève entre cinquante centimètres et un mètre, raide, creuse, hérissée de poils raides, portant des feuilles alternes réduites vers le haut. L'ensemble de la plante est nettement velu, ce qui la distingue à vue d'autres ombellifères blanches plus glabres.
L'ombelle est composée, large, plane ou légèrement concave à pleine floraison, formée de nombreuses ombellules de petites fleurs blanches à cinq pétales inégaux, les pétales externes des fleurs périphériques étant plus grands et donnant à l'ensemble un aspect légèrement rayonnant. La base de l'ombelle est garnie d'un involucre de bractées longues, pennatiséquées et très découpées, caractéristique immédiatement reconnaissable sur le terrain et qui suffit à distinguer la carotte sauvage de la plupart des autres ombellifères blanches à ombelle plane. Au centre de l'ombelle, on observe fréquemment une ou quelques petites fleurs stériles d'un rouge-pourpre sombre, dont la fonction exacte reste discutée mais qui pourrait jouer un rôle dans l'attraction des pollinisateurs. Après la floraison, l'ombelle se referme en se contractant vers l'intérieur, formant une structure concave et hérissée, évoquant un nid d'oiseau, particulièrement visible en fin d'été sur les tiges desséchées.
Les fruits sont de petits diakènes ovales portant des rangées de soies crochues qui facilitent leur accrochage sur les poils des animaux ou les vêtements, assurant une dissémination efficace.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre, avec un maximum en juillet et août dans les plaines du nord de la France.
La carotte sauvage était récoltée et consommée bien avant la domestication de la plante. Les textes médiévaux et les herbiers anciens lui attribuaient des vertus diurétiques et carminatives, et les racines des jeunes plantes de première année étaient consommées cuites ou en décoction. Les graines entraient dans des préparations destinées à faciliter la digestion et à soulager les coliques. Ces usages, documentés dans plusieurs traditions européennes, témoignent d'une familiarité ancienne avec la plante qui allait bien au-delà de la simple consommation alimentaire.
Une mise en garde s'impose cependant pour le promeneur peu familier des ombellifères. Plusieurs espèces de cette famille présentent des ombelles blanches similaires et peuvent prêter à confusion, dont certaines sont dangereusement toxiques, comme la grande ciguë, Conium maculatum, ou la ciguë vireuse, Cicuta virosa. L'identification de la carotte sauvage doit s'appuyer sur l'ensemble des caractères, tige velue, bractées pennatiséquées, odeur de carotte franche au froissement, et non sur la seule couleur des fleurs.