Dipsacus fullonum

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Dipsacus fullonum

Dipsacus fullonum — cardère sauvage, cabaret des oiseaux

Bisannuelle de la famille des Caprifoliacées, la cardère sauvage est une plante architecturale que l'on ne confond guère avec aucune autre une fois qu'on l'a rencontrée. Elle est répandue dans toute l'Europe tempérée, de la Méditerranée jusqu'au sud de la Scandinavie, et couvre la totalité de la France. En Île-de-France, elle est commune et bien représentée dans les milieux ouverts perturbés.

Autour de Luzarches, elle est facile à observer le long des chemins agricoles, sur les talus humides, en bordure de l'Ysieux et de ses fossés attenants, dans les friches herbacées sur sol frais et dans les ourlets de lisière. Elle affectionne les terres un peu compactées et les zones légèrement humides sans être inondées, et peut former des groupes denses dans les recoins peu fauchés des bords de route ou des bermes enherbées.

La première année, la plante reste au sol sous forme d'une rosette étalée de grandes feuilles oblongues, à surface gaufrée et légèrement rugueuse, portant sur la nervure centrale du dessous de petits aiguillons courbés. Ces rosettes hivernantes sont déjà reconnaissables à leur texture et à leur taille.

La deuxième année, la tige s'élève vigoureusement pour atteindre entre un mètre cinquante et deux mètres, parfois davantage. Elle est robuste, anguleuse, armée sur les angles de courtes épines recourbées. Les feuilles caulinaires sont opposées et, particularité remarquable, leurs bases sont soudées autour de la tige de façon à former une cuvette étanche qui retient l'eau de pluie et la rosée. Ces réservoirs naturels, bien visibles sur les photos, peuvent contenir plusieurs centimètres d'eau et accueillent régulièrement des insectes, des arachnides et de petits invertébrés. Ce phénomène a valu à la plante son nom populaire de cabaret des oiseaux, qui viendraient y boire. Une hypothèse écologique suggère que cette eau piégée pourrait décourager certains insectes rampants de grimper jusqu'aux capitules, mais cela reste discuté.

Les capitules sont ovoïdes à cylindriques, dressés au sommet de longues tiges ramifiées, entourés à leur base de longues bractées effilées et épineuses qui les dépassent nettement, donnant à la plante son allure hérissée si caractéristique. La floraison est singulière en ce qu'elle débute en anneau autour du milieu du capitule et progresse simultanément vers le haut et vers le bas, créant à un moment donné deux bandes de fleurs ouvertes encadrant une zone encore close. Les petites fleurs sont tubulaires, lilas à violet pâle, serrées entre des bractées rigides terminées en pointe.

Après la floraison, les capitules sèchent sur pied et persistent tout l'hiver. Ils deviennent alors de véritables garde-mangers pour les chardonnerets élégants, qui s'y accrochent acrobatiquement pour extraire les graines entre les bractées épineuses. Cette relation entre la cardère et le chardonneret est l'une des plus visibles et des plus régulièrement observées dans les campagnes du nord de la France en saison froide.

Dans la nature, sa floraison s'étend de juillet à septembre.

Une espèce voisine, Dipsacus sativus, a été cultivée pendant des siècles pour ses capitules aux bractées terminées par un crochet élastique, utilisés dans l'industrie textile pour carder et gratter la surface des draps de laine afin de faire lever le poil. Ces têtes de cardère offraient une souplesse que les peignes métalliques ne pouvaient reproduire sans risquer de déchirer le tissu. Cet usage artisanal et industriel s'est maintenu dans certaines manufactures spécialisées jusqu'au vingtième siècle, notamment en Angleterre. La cardère sauvage, dont les bractées sont droites et non crochues, ne convenait pas à cet usage, mais la proximité des deux espèces et leur ressemblance ont souvent entretenu la confusion dans les descriptions anciennes.