Dipsacus pilosus
Dipsacus pilosus — cardère poilue, petit cabaret
Bisannuelle de la famille des Caprifoliacées, la cardère poilue est une espèce nettement moins connue et moins souvent remarquée que sa grande cousine Dipsacus fullonum. Elle partage avec elle le genre et quelques traits généraux, mais s'en distingue si profondément par le port, la taille, la couleur des fleurs et l'habitat qu'une confusion entre les deux n'est guère possible sur le terrain. Sa répartition en Europe couvre principalement l'Europe centrale et occidentale, avec une présence en France surtout dans la moitié nord et dans les vallées alluviales. En Île-de-France, elle est considérée comme peu commune et localisée, liée à des habitats humides et ombragés que la pression agricole et l'urbanisation ont fortement réduits.
Autour de Luzarches, c'est une plante à chercher dans les ourlets herbacés des berges boisées, les aulnaies-frênaies longeant l'Ysieux et ses affluents, les fossés ombragés en lisière de bois humides, et plus généralement dans tout milieu alliant fraîcheur, ombre partielle et sol riche. Elle ne supporte pas les milieux secs ni les plein soleil prolongé. Sa présence locale mérite d'être confirmée par observation directe, les données régionales disponibles la signalant de façon dispersée dans les vallées du nord de l'Île-de-France.
La plante est nettement plus petite que la cardère sauvage, atteignant généralement entre cinquante centimètres et un mètre vingt. La tige est dressée, branchue dans sa partie supérieure, couverte de poils raides et de petits aiguillons. Les feuilles caulinaires sont pétiolées, ovales à lancéolées, à bords dentés, souvent portant de petites oreillettes à la base, sans former la cuvette soudée si caractéristique de Dipsacus fullonum. Ce détail à lui seul, l'absence de réservoir d'eau à l'aisselle des feuilles, permet de distinguer les deux espèces même hors floraison.
Les capitules sont globuleux, bien plus petits que ceux de la cardère sauvage, de la taille approximative d'une bille ou d'une petite noisette. Ils sont portés par de longs pédoncules grêles et hérissés, et entourés de bractées épineuses et velues. Les fleurs sont blanches, ce qui tranche immédiatement avec le lilas de Dipsacus fullonum, et les étamines à anthères sombres dépassent nettement de la corolle, donnant aux capitules en pleine anthèse un aspect vaporeux et légèrement ébouriffé, bien rendu par les photographies. La floraison progresse également depuis le centre vers la périphérie du capitule, comme chez les autres cardères.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juillet à septembre.
La multiplicité des petits capitules portés sur des ramifications fines donne à la plante en fleur un aspect aérien et discret, presque délicat, qui contraste avec la robustesse imposante de la cardère sauvage. C'est une plante d'ombre et de sous-bois humide, que l'on rencontre souvent seule ou en petits groupes, rarement en populations denses, glissée entre les orties, les lierres terrestres et les angéliques des berges. Son caractère localisé et ses exigences écologiques précises en font une bonne indicatrice de la qualité et de l'ancienneté des milieux alluviaux boisés où elle s'installe.