Euphrasia nemorosa
Euphrasia sp. (officinalis ? stricta ?)
Petite annuelle de la famille des Orobanchacées, hémiparasite comme toutes les eufraises, capable de se développer uniquement en prélevant une partie de ses ressources sur les racines des graminées et autres plantes voisines. Cette dépendance explique pourquoi les eufraises disparaissent rapidement dès que la végétation s'enrichit ou que le sol est travaillé, et pourquoi elles sont si fidèles aux milieux maigres et stables.
Les eufraises sont répandues dans une grande partie de l'Europe, mais leur répartition précise au niveau de l'espèce reste difficile à établir en raison de la complexité taxonomique du genre. En Île-de-France, les pelouses calcaires du Valois et du secteur de Luzarches figurent parmi les sites où l'on peut encore les observer, dans des stations qui se raréfient avec la déprise pastorale et la fermeture des milieux ouverts.
L'habitat de ces photographies correspond à des coteaux calcaires fauchés ou pâturés, pelouses rases sur substrat calcaire, du type de celles que l'on rencontre dans le secteur de Luzarches et sur les versants exposés aux alentours. Ce sont des milieux où la concurrence végétale reste limitée, condition indispensable à l'installation de ces petites plantes qui ne dépassent guère quinze à vingt centimètres de hauteur, souvent moins.
La tige est dressée, peu ou pas ramifiée sur ces individus, ce qui constitue l'un des éléments qui orientent vers Euphrasia stricta. Les feuilles sont petites, ovales, à dents mucronées bien marquées, d'un vert assez vif. L'épi floral est dense, les bractées foliacées à dents épineuses au sommet encadrant étroitement les fleurs et leur donnant un aspect hérissé caractéristique du genre.
Les fleurs sont bilabiées, de taille modeste, à corolle blanchâtre légèrement lavée de lilas, parcourue de stries violettes nettes. La gorge ne présente pas de tache jaune, ce qui distingue ces individus de ceux des séries photographiées précédemment et constitue l'un des arguments qui orientent vers Euphrasia stricta plutôt que vers d'autres espèces voisines. La lèvre inférieure est trilobée, les lobes échancrés à leur sommet.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juillet à octobre selon les stations et les conditions de l'année.
Les eufraises ont été utilisées de longue date en usage externe pour soulager les yeux irrités ou fatigués, sous forme d'infusions appliquées en compresses. Ce savoir, transmis à travers toute l'Europe depuis le Moyen Âge au moins, est à l'origine du nom vernaculaire euphraise, du grec euphrasia, la joie, la clarté. Cet usage oculaire est attesté chez de nombreux auteurs anciens et dans les pharmacopées populaires de régions très diverses, ce qui lui confère une cohérence remarquable à travers le temps et la géographie.
La détermination au niveau de l'espèce dans ce groupe demande un examen en main avec une flore régionale détaillée, et l'hypothèse Euphrasia stricta avancée ici devrait être confirmée sur le terrain par l'observation des critères de pilosité, de taille exacte des fleurs et de morphologie précise des bractées.