Lamiastrum galeobdolon
Lamiastrum galeobdolon — lamier jaune, ortie jaune
Vivace de la famille des Lamiacées, le lamier jaune est répandu dans une grande partie de l'Europe tempérée, des îles Britanniques jusqu'en Europe centrale et méridionale. En France, il est présent surtout dans la moitié nord et dans les zones montagnardes, lié aux forêts fraîches et aux sols riches. En Île-de-France, il est signalé régulièrement dans les massifs forestiers, notamment dans les bois sur substrat frais et limoneux. La taxonomie du groupe est discutée, plusieurs sous-espèces étant reconnues par certains auteurs, dont Lamiastrum galeobdolon subsp. montanum, la plus fréquente en contexte forestier dans notre région.
Autour de Luzarches, le lamier jaune est une plante caractéristique des sous-bois frais et ombragés. Les lisières intérieures de la forêt de Chantilly, les boisements de feuillus sur sols profonds et humifères, les vallons boisés et les abords des ruisseaux ombragés constituent ses habitats naturels. Comme le montrent plusieurs photographies de cette série, il peut former des tapis denses couvrant de larges surfaces sous les arbres, au point de devenir la plante dominante du sous-bois au moment de sa floraison printanière.
La plante s'élève entre vingt et cinquante centimètres sur ses tiges fleuries, quadrangulaires, velues et souvent teintées de vert franc. Elle produit par ailleurs de longs stolons rampants qui s'enracinent aux nœuds et lui permettent de coloniser rapidement le sol forestier, formant ces nappes verdoyantes si reconnaissables. Les feuilles sont opposées, ovales à cordiformes, à dents bien marquées, d'un vert sombre luisant sur la face supérieure, parfois marquées de taches argentées diffuses, surtout visibles en dehors de la saison de floraison. Les fleurs, d'un jaune soufre assez vif, sont regroupées en verticilles à l'aisselle des feuilles supérieures. Chaque fleur présente une architecture bilabiée très expressive, avec une lèvre supérieure en casque bombé, densément frangée de poils blancs sur le bord, et une lèvre inférieure trilobée, striée de lignes orangées à brunes bien visibles sur le lobe central. Ces stries servent de guide aux insectes pollinisateurs. Le calice porte des dents épineuses bien développées. L'ensemble du verticille, avec ses fleurs à divers stades d'ouverture et ses boutons globuleux bien renflés, forme une composition très ornementale, visible sur les gros plans de cette série.
Dans la nature, sa floraison s'étend d'avril à juin, parfois jusqu'en juillet dans les stations fraîches et ombragées.
Le lamier jaune est considéré en écologie forestière comme une espèce indicatrice de sols riches, frais et bien structurés, associés à des forêts anciennes et peu perturbées. Sa présence abondante dans un sous-bois renseigne utilement sur la qualité et la continuité du milieu. Il fait partie de ces plantes que les botanistes utilisent pour caractériser les hêtraies-charmaies à feuillage printanier dense, cortège végétal typique des forêts de plaine du bassin parisien.
Dans la tradition populaire, la plante était parfois désignée sous le nom d'ortie jaune ou d'ortie puante, en raison de l'odeur forte que dégagent les feuilles froissées. Cette odeur, peu agréable pour l'homme, ne semble pas avoir découragé les usages anciens, et la plante figure dans plusieurs herbiers médiévaux parmi les simples employés contre les affections cutanées et les plaies, à la façon des autres lamiers.