Lychnis flos-cuculli
Lychnis flos-cuculi — lychnide fleur-de-coucou, fleur de coucou
Vivace de la famille des Caryophyllacées, la fleur de coucou est répandue dans toute l'Europe tempérée, de l'Irlande à la Russie occidentale, avec une préférence nette pour les régions atlantiques et subatlantiques. En France, elle est présente sur la majeure partie du territoire, plus abondante dans les plaines et les vallées que dans les zones méditerranéennes. Les données Florif la signalent régulièrement en Île-de-France dans les prairies humides non ou peu fertilisées, milieu devenu rare et fragmenté dans la région.
Autour de Luzarches, elle est intimement liée aux prairies humides de fond de vallée, en particulier celles de la vallée de l'Ysieux et de ses affluents, où les sols restent engorgés une bonne partie de l'année. Les photographies présentées montrent une prairie humide typique, avec des joncs et des graminées hygrophiles dominant le tapis végétal, et des taches rose vif de fleur de coucou s'étalant sur de grandes surfaces. Ce type de prairie maigre à joncs et molinie, non retourné et faiblement fertilisé, est précisément celui qui lui convient, et sa présence en abondance est un indicateur fiable de la qualité et de l'ancienneté du milieu. Elle y côtoie souvent le populage des marais, la renoncule âcre ou la cirse des marais selon les secteurs.
La plante forme une rosette basale de feuilles lancéolées dont émergent des tiges dressées, légèrement poilues et collantes dans leur partie supérieure, atteignant 30 à 70 centimètres. Les feuilles caulinaires sont opposées, sessiles, allongées. Les fleurs, portées en cyme lâche et ramifiée, sont d'un rose vif à rose lilas, parfois légèrement lavande selon la lumière et le stade de floraison. Chaque pétale est profondément découpé en quatre lanières étroites et irrégulières, ce qui donne à la fleur épanouie cet aspect frangé et presque désordonné, très caractéristique et absolument inimitable dans la flore française. Le calice est membraneux, violacé à nervures sombres bien marquées, visible sur les photographies de détail où il encadre la capsule centrale. Les boutons non ouverts, ovoides et striés de rouge sombre, sont eux aussi très reconnaissables. De loin, dans une prairie, les touffes en fleur forment des nuages rose vif qui ondulent avec les graminées, spectacle saisissant quand la population est dense comme le montrent plusieurs des vues d'ensemble.
Dans la nature, sa floraison s'étend de mai à juillet, avec un pic en mai et juin, à la même période que le retour du coucou, d'où le nom qu'elle porte depuis des siècles.
Le lien avec le coucou n'est pas seulement affaire de calendrier. La cicadelle écumeuse, insecte dont les larves produisent la mousse blanchâtre connue sous le nom de crachat de coucou, fréquente volontiers les tiges de cette plante, renforçant dans l'imaginaire populaire l'association entre les deux. La fleur de coucou est aujourd'hui considérée comme une espèce indicatrice des prairies humides de fauche à haute valeur écologique, en fort déclin partout où ces milieux ont été drainés ou retournés. Sa présence en grande densité sur un site est un signal que la prairie n'a pas subi de perturbation majeure depuis longtemps, ce que les naturalistes et les gestionnaires d'espaces naturels utilisent comme critère de qualité.