Persicaria maculosa
Persicaria maculosa — renouée persicaire
Annuelle de la famille des Polygonaceae, la renouée persicaire est présente dans toute l'Europe, de la Scandinavie au pourtour méditerranéen, et se retrouve dans les régions tempérées du monde entier où elle a été introduite. En France, elle est commune sur l'ensemble du territoire, avec une présence particulièrement dense dans les plaines agricoles et les vallées alluviales du nord et du centre.
Autour de Luzarches, elle est l'une des plantes les plus faciles à observer dans les milieux humides et les terres remuées. Les bords de l'Ysieux et de ses affluents, les fossés enherbés, les mares en cours d'assèchement estival, les champs de maïs et les cultures sarclées à sol frais lui offrent des conditions très favorables. Elle peut former des peuplements denses et continus dans les zones de sol nu maintenu humide, notamment sur les berges piétinées et les chemins agricoles longés de fossés. Les friches humides en lisière de boisements constituent également des stations régulières dans ce secteur du Val-d'Oise.
La tige est dressée ou plus ou moins couchée à la base puis redressée, ramifiée, atteignant généralement entre 30 et 70 centimètres, parfois plus dans les stations très favorables. Elle est glabre ou faiblement pubescente, souvent teintée de rose ou de rouge, avec des nœuds bien marqués et renflés. À chaque nœud s'insère une gaine membraneuse appelée ochréa, structure caractéristique de toute la famille des Polygonaceae, ici cylindrique, translucide à brunâtre, finement striée, munie à son sommet de cils bien visibles. Cette gaine engainante, clairement visible sur les photographies, est l'un des premiers éléments à observer pour identifier la plante sur le terrain.
Les feuilles sont lancéolées, allongées, à base cunéiforme, d'un vert moyen, portant sur leur face supérieure une tache sombre en forme de croissant ou de chevron, souvent brun violacé, plus ou moins nette selon les individus et les conditions de croissance. Cette marque, à l'origine du nom maculosa, est présente sur la plupart des individus mais peut manquer ou être très discrète, ce qui ne suffit pas à elle seule pour identifier la plante avec certitude. Les feuilles sont courtement pétiolées, légèrement pubescentes sur les deux faces, et leur marge est entière et ciliée.
Les fleurs sont regroupées en épis denses, cylindriques, dressés, d'un rose soutenu à rose pâle, parfois presque blanc. Chaque fleur est minuscule, à périanthe non différencié en sépales et pétales, formé de cinq tépales soudés à la base, d'un rose vif qui donne aux épis leur couleur caractéristique. Les épis, portés sur des pédoncules grêles, sont souvent légèrement penchés au sommet avant la pleine anthèse. Le fruit est un petit akène noir et brillant, lenticulaire ou trigone selon les fleurs, enchâssé dans le périanthe persistant.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à octobre, avec une intensité maximale en août et septembre dans les fossés et bords de cultures du plateau de France.
La renouée persicaire a longtemps été connue sous le nom de Polygonum persicaria, nomenclature que l'on retrouve encore dans de nombreux ouvrages anciens et flores du début du vingtième siècle. Son transfert dans le genre Persicaria, bien que validé par la systématique moderne, n'est pas encore universellement adopté dans tous les usages courants.
La plante a été utilisée en médecine populaire comme vulnéraire et pour ses propriétés astringentes, appliquée en cataplasme sur les plaies et les ulcères cutanés. Elle était aussi employée, dans certaines traditions rurales européennes, pour soulager les douleurs rhumatismales, les feuilles étant disposées directement sur la peau. Ces usages, transmis sur des générations dans les campagnes du nord de la France et des pays voisins, témoignent d'une connaissance empirique précise des plantes des milieux humides et cultivés.
Ses graines sont une ressource alimentaire importante pour de nombreuses espèces d'oiseaux granivores, notamment les bruants, les verdiers et les linottes, qui fréquentent les friches et les bords de cultures en automne et en hiver. Les peuplements denses que forme la persicaire dans les champs à sol frais constituent à cette saison des zones d'alimentation recherchées par ces oiseaux.