Phragmites australis
Phragmites australis — roseau commun
Vivace de la famille des Poacées, le roseau commun est l'une des plantes les plus répandues sur la planète, présente sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique. En Europe, il colonise l'ensemble du territoire, des zones littorales aux vallées intérieures, partout où l'eau séjourne ou affleure suffisamment longtemps. En France et en Île-de-France, il est omniprésent dans les zones humides de toute nature et figure parmi les espèces les plus facilement identifiables du paysage végétal.
Autour de Luzarches, le roseau est l'une des plantes structurantes des milieux humides. Les bords de l'Ysieux, les mares, les fossés à eau stagnante ou lente, les zones marécageuses et les dépressions inondables en hiver constituent ses habitats de prédilection. Il peut former des peuplements denses et quasi monospécifiques, des roselières, qui occupent parfois de vastes surfaces et constituent des milieux à part entière, reconnaissables de loin à leur masse végétale et à la couleur fauve de leurs panaches en automne et en hiver.
Le port est très caractéristique, immédiatement reconnaissable. Les tiges, appelées chaumes, sont cylindriques, creuses, cloisonnées à intervalles réguliers par des nœuds bien visibles, et d'une rigidité et d'une solidité remarquables même après la mort de la plante. Leur hauteur est variable selon les conditions, généralement entre un mètre cinquante et trois mètres, parfois davantage dans des milieux très favorables. Les feuilles sont longues, larges, à limbe plan légèrement glauque, insérées en alternance sur les nœuds de la tige, avec une ligule réduite à une frange de poils. Elles se retournent sous le vent de façon caractéristique, découvrant leur face inférieure plus pâle, ce qui donne aux grandes roselières un aspect mouvant et changeant par temps venteux.
L'inflorescence est une grande panicule terminale, dense et plumeuse, d'abord violacée à pourpre lors de l'anthèse, puis rapidement dorée à fauve roux à maturité. Elle persiste longuement sur les chaumes après la fructification et reste visible tout l'hiver, se décomposant progressivement en flocons soyeux qui se dispersent au vent. C'est à cette saison que les roselières révèlent leur beauté la plus austère, les grandes tiges sèches oscillant dans la lumière rasante des matins de gel, les panaches dorés captant la lumière basse avec une intensité particulière.
Dans la nature, sa floraison s'étend d'août à octobre.
Le roseau se propage essentiellement par voie végétative, grâce à un réseau de rhizomes horizontaux extrêmement développés qui peuvent s'étendre à plusieurs mètres de profondeur et coloniser rapidement de nouvelles surfaces. Cette capacité d'expansion lui permet de s'installer sur des berges dénudées ou des zones perturbées en quelques saisons, mais elle lui vaut aussi d'être perçu comme envahissant dans certains contextes où l'on souhaite maintenir une diversité végétale plus élevée.
Les roselières constituent des habitats d'une richesse faunistique considérable. Plusieurs espèces d'oiseaux leur sont étroitement inféodées pour la nidification, dont la rousserolle effarvatte et la bouscarle de Cetti, régulièrement entendues dans les secteurs humides autour de Luzarches. Le bruant des roseaux fréquente ces milieux en dehors de la saison de reproduction. En hiver, les chaumes secs offrent des dortoirs collectifs à diverses espèces, et les tiges creuses servent d'abri à de nombreux insectes et araignées.
Le roseau a accompagné les sociétés humaines depuis des millénaires. Ses chaumes droits et creux ont fourni des matériaux de construction, notamment pour la couverture des toits en chaume, une technique de toiture qui a perduré dans les campagnes françaises jusqu'au vingtième siècle et connaît aujourd'hui un regain d'intérêt. Il servait également à confectionner des nattes, des paniers, des claies de séchage et divers objets du quotidien rural. Les jeunes pousses et les rhizomes étaient consommés dans plusieurs traditions populaires européennes, et les feuilles employées pour l'emballage de fromages ou de préparations alimentaires. En médecine populaire, le rhizome était réputé diurétique et utilisé dans le traitement des affections des voies urinaires et des fièvres, un usage attesté dans plusieurs régions de France.