Platanthera chlorantha
Platanthera chlorantha — platanthère à fleurs verdâtres, orchis verdâtre
Vivace de la famille des Orchidacées, cette orchidée sauvage est présente dans une grande partie de l'Europe tempérée, de la péninsule ibérique jusqu'à la Scandinavie méridionale et à l'ouest de la Russie. En France, elle est répandue mais jamais abondante, avec une préférence marquée pour les massifs forestiers sur sols calcaires ou calcaro-argileux. En Île-de-France, elle est signalée dans plusieurs forêts du nord et de l'ouest de la région, et la forêt de Chantilly ainsi que les bois calcicoles du Valois comptent parmi ses habitats connus, même si les populations restent localisées et souvent peu nombreuses.
Autour de Luzarches, la platanthère à fleurs verdâtres est une plante des sous-bois frais à semi-ombragés sur substrat calcaire, notamment dans les chênaies-charmaies et les hêtraies calcicoles des versants. Elle se tient volontiers en bordure de sentiers forestiers, sur les talus ombragés ou dans les clairières herbacées où la lumière filtre suffisamment pour permettre sa floraison. Sa présence est liée à des sols peu perturbés, souvent riches en humus, et à une continuité écologique que les forêts anciennes favorisent.
La plante se signale d'abord, avant la floraison, par deux grandes feuilles basilaires ovales-elliptiques, d'un vert brillant et luisant, étalées presque à plat sur le sol ou dressées en cornet, d'aspect charnu et nervuré. Ces feuilles, larges et lisses, contrastent avec la végétation forestière environnante et permettent de repérer la plante dès le printemps, plusieurs semaines avant l'apparition de la tige florale. Quelques feuilles caulinaires plus petites et engainantes montent le long de la tige.
La hampe florale est dressée, élancée, atteignant généralement entre trente et soixante centimètres. L'épi floral est lâche, portant des fleurs blanc verdâtre espacées, chacune munie d'un éperon grêle et allongé, pendant vers le bas, d'un vert plus soutenu que les tépales. C'est ce détail, la couleur franchement verte de l'éperon et des sépales extérieurs, qui donne à la plante son nom et permet de la distinguer de sa proche parente Platanthera bifolia, dont les fleurs sont plus purement blanches et l'éperon plus fin et horizontal. Un autre critère de distinction fiable entre les deux espèces réside dans la position des masses polliniques à l'intérieur de la fleur, nettement écartées chez chlorantha et parallèles chez bifolia, mais ce détail nécessite une observation rapprochée.
Les fleurs dégagent un parfum discret le jour, qui s'intensifie nettement à la tombée de la nuit. Ce parfum nocturne est destiné à attirer les papillons de nuit à longue trompe, principaux pollinisateurs de l'espèce, qui viennent butiner le nectar accumulé au fond de l'éperon. Cette relation entre l'orchidée et ses pollinisateurs nocturnes a été décrite et documentée depuis les travaux de Charles Darwin sur la fécondation des orchidées, publiés en 1862, qui accordaient une place importante aux platanthères européennes.
Dans la nature, sa floraison s'étend de mai à juillet.
Comme toutes les orchidées indigènes, la platanthère à fleurs verdâtres est protégée en France et ne peut être ni cueillie ni déterrée. Sa survie dépend de champignons mycorhiziens du sol avec lesquels ses graines doivent s'associer pour germer, ce qui explique sa sensibilité aux perturbations du sol forestier et la difficulté de la transplanter ou de la cultiver hors de son milieu naturel.