Rorippa amphibia
Rorippa amphibia — rorippe amphibie, cresson amphibie
Vivace de la famille des Brassicacées, la rorippe amphibie est répandue dans toute l'Europe tempérée, des îles Britanniques jusqu'à l'Asie centrale, remontant vers le nord jusqu'en Scandinavie méridionale. En France, elle est présente dans la quasi-totalité du territoire dès lors que les conditions d'humidité sont réunies, et elle est commune dans le Bassin parisien où les zones humides restent nombreuses malgré les drainages successifs du siècle dernier.
Aux abords de Luzarches, la rorippe amphibie est une plante à chercher sans hésitation le long de l'Ysieux et de ses bras secondaires, dans les roselières, les aulnaies inondables, les fossés à eau permanente et les dépressions humides en lisière de bois. Les photographies l'illustrent dans son milieu de prédilection, formant des nappes jaunes denses dans des zones inondées en sous-bois clair, les tiges dressées émergent au-dessus d'une lame d'eau entre des arbres à moitié morts. Ce spectacle printanier, quand les peuplements en fleurs couvrent des surfaces importantes dans les boisements marécageux, est l'un des plus frappants que peuvent offrir les zones humides de la vallée en mai. La plante peut pousser les pieds dans l'eau ou sur des berges exondées, d'où son épithète amphibie, qui reflète une réalité observable.
La tige est creuse, charnue, glabre, dressée ou ascendante, souvent couchée à la base avec des racines adventives aux nœuds lorsqu'elle croît dans l'eau. Elle peut atteindre quarante à cent vingt centimètres selon la profondeur de l'eau et la richesse du milieu. Le feuillage varie sensiblement selon que la plante pousse en eau profonde ou sur berge exondée. Les feuilles submergées, lorsqu'elles existent, sont finement découpées en lanières, tandis que les feuilles aériennes sont simples, oblongues-lancéolées, à marges dentées ou légèrement lobées, embrassant la tige par deux oreillettes bien visibles à la base. Cette feuille caulinaire amplexicaule, bien montrée sur les photographies de détail, est un bon critère de reconnaissance sur le terrain. La surface foliaire est d'un vert franc, légèrement gaufrée.
Les fleurs sont typiquement crucifères, à quatre pétales jaune vif disposés en croix, réunies en grappes terminales corymbeuses assez lâches. Les pédoncules floraux sont grêles et étalés horizontalement, ce qui donne aux grappes un aspect aéré et élégant bien visible sur les photographies. Les fruits sont des silicules ovales à elliptiques, montées sur de longs pédoncules fins, surmontées d'un style persistant plus court que le fruit, ce qui distingue cette espèce des autres roripes à fruits allongés. Ces silicules, bien visibles sur les clichés de détail, sont caractéristiques et permettent une identification sûre en cours de fructification.
Dans la nature, sa floraison s'étend de mai à juillet, parfois jusqu'en août dans les stations fraîches.
La rorippe amphibie joue un rôle écologique notable dans les zones humides où elle s'installe, stabilisant les berges par son réseau racinaire dense et offrant des zones de ponte et d'abri pour les invertébrés aquatiques et les amphibiens. Les peuplements denses qu'elle forme au printemps constituent également une ressource mellifère précoce appréciée des insectes butineurs dans des milieux souvent pauvres en fleurs à cette saison. Comme plusieurs autres crucifères aquatiques, elle a été consommée dans certaines régions comme plante potagère sauvage, ses jeunes pousses cueillies au printemps ayant une saveur piquante proche de celle du cresson.
La confusion avec d'autres roripes est possible, notamment avec Rorippa sylvestris, plus commun dans les milieux moins inondés, dont les feuilles caulinaires ne sont pas amplexicaules et les fruits nettement allongés en siliques. La forme des fruits et l'insertion des feuilles sur la tige restent les critères les plus fiables pour distinguer ces espèces sur le terrain.