Senecio jacobaea
Senecio jacobaea — séneçon jacobée, jacobée
Vivace ou bisannuelle de la famille des Astéracées, commune dans toute l'Europe tempérée jusqu'en Sibérie occidentale. En France, elle est présente partout et souvent abondante dans les milieux ouverts et semi-ouverts, particulièrement sur substrat calcaire ou sableux bien drainé. Autour de Luzarches, elle colonise les bords de chemins, les talus, les friches sèches à mi-ombragées, les lisières de la forêt de Chantilly, et les coteaux calcaires exposés. Elle pousse volontiers sur les terrains perturbés, les anciens champs et les zones de remblai où la végétation se réinstalle progressivement. C'est l'une des grandes composées jaunes de l'arrière-été dans le paysage de la région.
La plante atteint cinquante à cent vingt centimètres, parfois davantage en station favorable. La tige est dressée, robuste, souvent rougeâtre ou striée de rouge vers la base, légèrement cotonneuse dans la jeunesse. Les feuilles caulinaires sont profondément pennatilobées à pinnatiséquées, à lobes irréguliers et inégaux, le terminal souvent plus large que les latéraux, légèrement denticulées sur les bords. La base de chaque feuille caulinaire embrasse partiellement la tige, formant deux petites oreillettes caractéristiques bien visibles sur la photographie de tige. Les feuilles basales sont en rosette, plus longuement pétiolées, souvent disparues à la floraison. L'ensemble du feuillage est d'un vert assez mat, finement pubescent en dessous.
Les capitules sont nombreux, réunis en larges corymbes aplatis à plats qui couronnent la plante et donnent aux grands individus en fleur un aspect très généreux. Chaque capitule porte des fleurs ligulées jaune vif en périphérie, au nombre de treize environ, disposition qui a été relevée et jugée remarquable par plusieurs botanistes anciens, et des fleurs tubulées jaune orangé au centre. Les bractées de l'involucre sont en rang simple, vertes à pointe noire, avec quelques bractées courtes à la base, ce qui est un bon critère de reconnaissance du genre. Les fruits sont des akènes surmontés d'une aigrette blanche, dispersés par le vent à la façon des pissenlits.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à octobre, avec un pic en juillet-août.
La jacobée est une plante toxique pour les animaux d'élevage, particulièrement les chevaux et les bovins, en raison d'alcaloïdes pyrrolizidiniques qui s'accumulent dans le foie lors d'ingestions répétées. Les animaux l'évitent généralement à l'état frais mais peuvent l'ingérer sans le savoir dans le foin. Cette toxicité est connue et documentée depuis longtemps dans le monde agricole, et la plante a fait l'objet de campagnes d'arrachage dans les pâturages en Grande-Bretagne notamment, où elle est plus abondante qu'en France. En usage humain traditionnel, la jacobée était au contraire employée en usage externe, en cataplasme de feuilles fraîches, contre les douleurs rhumatismales et les contusions, usage attesté chez plusieurs herboristes anciens. Ces deux aspects, la toxicité pour le bétail et l'emploi topique en médecine populaire, illustrent bien le statut ambigu d'une plante très présente dans le paysage rural depuis des siècles.
Sur le terrain, la jacobée peut être confondue à distance avec d'autres grandes composées jaunes de l'arrière-été. La découpe très prononcée des feuilles, les petites oreillettes embrassant la tige, la taille et la densité des corymbes, et les bractées à pointe noire permettent une identification rapide. Senecio erucifolius, le séneçon à feuilles de roquette, est l'espèce la plus proche présente dans la région, à feuilles découpées en segments plus étroits et linéaires, souvent plus grisâtre au revers. La distinction entre les deux demande un examen attentif du feuillage.