Solidago canadensis
Solidago canadensis — solidage du Canada, verge d'or du Canada
Vivace de la famille des Astéracées, originaire d'Amérique du Nord, introduite en Europe comme plante ornementale dès le dix-septième siècle et aujourd'hui largement naturalisée dans toute l'Europe tempérée. En France, elle est considérée comme une espèce exotique envahissante et figure parmi les néophytes les plus préoccupants dans les milieux ouverts et les zones humides. Autour de Luzarches, elle est bien implantée dans les friches, les bords de l'Ysieux et de ses affluents, les talus humides, les bords de chemins et les lisières perturbées. Elle forme souvent des colonies denses et étendues qui excluent progressivement la végétation indigène, comme le montrent plusieurs des photographies où elle occupe seule de larges surfaces.
La plante atteint facilement un mètre à deux mètres de hauteur, parfois davantage en station favorable. La tige est robuste, dressée, souvent rougeâtre à la base, densément feuillée jusqu'au sommet. Les feuilles sont lancéolées, sessiles ou brièvement pétiolées, à trois nervures bien marquées, denticulées sur les bords, légèrement rugueuses au toucher, vert franc. Elles sont nombreuses et disposées en spirale serrée, donnant à la plante hors floraison un aspect de grande touffe vigoureuse et dense qu'on repère de loin en bord de chemin.
L'inflorescence est le trait le plus spectaculaire. Elle forme au sommet de chaque tige une grande panicule pyramidale composée de nombreuses grappes latérales arquées, toutes orientées du même côté, garnies de petits capitules jaune vif serrés les uns contre les autres. Cette architecture en épis recourbés vers le bas, bien visible sur les photographies de détail, est le caractère le plus distinctif pour distinguer Solidago canadensis de Solidago virgaurea, la verge d'or indigène européenne, dont la panicule est beaucoup plus grêle, moins fournie et non arquée. La floraison massive de grands peuplements donne au paysage de fin d'été une teinte jaune d'or soutenu, particulièrement saisissante en lumière rasante.
Dans la nature, sa floraison s'étend d'août à octobre.
La capacité de cette plante à former des colonies monospécifiques denses tient à plusieurs mécanismes combinés. Elle se reproduit abondamment par graines légères dispersées par le vent, mais surtout elle étend ses colonies par rhizomes souterrains qui lui permettent de conquérir rapidement un terrain perturbé. Elle produit également des substances inhibitrices qui réduisent la germination d'autres espèces à son voisinage immédiat, phénomène documenté dans la littérature scientifique sous le terme d'allélopathie. Ces trois atouts réunis en font une colonisatrice redoutable dans les milieux ouverts dégradés ou régulièrement perturbés.
La distinction avec Solidago gigantea, autre solidage nord-américain naturalisé présent en France, peut demander un examen attentif. Cette dernière présente une tige glabre et glauque, tandis que celle de Solidago canadensis est pubescente dans sa partie supérieure. Les deux espèces coexistent parfois sur les mêmes sites et peuvent se mélanger dans les grandes friches alluviales. Une observation soigneuse de la tige à la loupe suffit généralement à trancher.
Malgré son statut d'espèce envahissante, Solidago canadensis est une ressource nectarifère abondante en fin de saison, à une période où les fleurs indigènes se raréfient. Les abeilles domestiques et sauvages, les bourdons et de nombreuses espèces de diptères et de lépidoptères la fréquentent assidûment en août et septembre. Cet apport tardif en nectar et pollen est réel, mais il ne compense pas la perte de diversité végétale que provoque l'envahissement des milieux par cette espèce, qui élimine les plantes indigènes dont dépendent des cortèges entiers d'insectes spécialisés.
La gestion de ses populations dans les espaces naturels sensibles, comme les bords de l'Ysieux ou les zones humides aux abords de Luzarches, passe par des fauches répétées avant la fructification et, si possible, par l'arrachage des rhizomes. Une intervention ponctuelle sans suivi pluriannuel reste généralement sans effet durable, la plante repoussant vigoureusement depuis ses organes souterrains.